Object First (Ootbi) racheté par Veeam : quelle alternative souveraine pour un stockage immuable ?

Le 14 janvier 2026, Veeam a confirmé l’acquisition d’Object First, éditeur de l’appliance de sauvegarde immuable Ootbi (Out-of-the-Box Immutability). L’annonce n’a pas pris la forme d’un communiqué officiel mais d’un article publié sur le forum communautaire Veeam, confirmé ensuite à plusieurs publications spécialisées par un porte-parole de l’éditeur.

Pour les DSI, RSSI et responsables achats IT qui évaluent leur cible de stockage immuable, l’opération soulève une question concrète : faut-il continuer à investir dans Ootbi tel quel, ou évaluer des alternatives qui préservent l’indépendance vendeur ? Cette page propose un cadre de comparaison structuré entre Object First Ootbi et DATIS, en distinguant ce qui est officiellement annoncé, ce que les observateurs anticipent, et ce qui sépare les deux solutions sur le plan architectural.

Ce que Veeam annonce officiellement

Selon le porte-parole de Veeam cité par Blocks & Files le 14 janvier 2026, « la stratégie reste inchangée : nous restons software-first et partner-first ». Object First et Veeam continuent à opérer leurs programmes partenaires séparément, le temps de définir un plan d’intégration (source : StorageReview, 10 janvier 2026).

Veeam insiste sur le fait que ses clients ne seront pas verrouillés à un matériel spécifique : les partenaires peuvent continuer à recommander la cible de sauvegarde la mieux adaptée selon les besoins de sécurité, de coût et d’opérabilité.

Ce que les observateurs anticipent

Au-delà des déclarations officielles, plusieurs analyses de presse spécialisée notent que la consolidation des revenus favorise désormais Ootbi dans l’écosystème Veeam. StorageNewsletter écrit le 14 janvier 2026 : « Pour les clients utilisant Veeam avec des cibles de sauvegarde alternatives, cette acquisition pourrait signaler une intégration plus profonde et un traitement préférentiel d’Object First avec le temps. Veeam aurait peu d’intérêt à promouvoir activement des cibles concurrentes. »

Cette tension entre la communication officielle et la dynamique commerciale prévisible est l’un des éléments à intégrer dans une décision d’achat qui engage l’organisation sur cinq à dix ans.

Object First Ootbi : architecture et positionnement

D’après les sources publiques d’Object First et les analyses techniques indépendantes disponibles à ce jour :

  • Appliance physique 2U avec stockage objet S3-compatible, système d’exploitation Linux durci propriétaire (Lockdown OS).
  • Immuabilité native via S3 Object Lock, activée par défaut sur les buckets.
  • Gamme de capacités : 8, 16, 24 TB (Mini, disponible début 2026), 20, 40, 64, 128, 192, 432 TB (source : Object First, rétrospective 2025).
  • Cluster maximum 4 nœuds, soit 1,7 PB par cluster pour la configuration 432 TB. Au-delà, scale-out via le scale-out backup repository de Veeam jusqu’à 7 PB.
  • Débit : 2 GB/s par nœud, jusqu’à 8 GB/s par cluster 432 TB (sources : Object First, Techzine).
  • Sécurité : zéro accès root distant (présence physique requise au boîtier), procédure « huit yeux » pour toute suppression définitive (deux interlocuteurs côté client, deux côté Object First, présence physique), audit régulier par NCC Group (sources : Techzine, Cloud News).
  • Compatibilité exclusive avec Veeam Backup & Replication, par choix de conception assumé.
  • Deux modèles d’acquisition depuis 2025 : achat traditionnel (CapEx) ou abonnement Consumption (subscription mensuelle, de 17 TB à 7 PB, lancé en avril 2025 aux États-Unis et en septembre 2025 en Europe).

Le positionnement d’Object First est clair : sécurité maximale et simplicité d’exploitation pour des environnements Veeam exclusifs, au prix d’un verrouillage volontaire à un seul orchestrateur de sauvegarde.

DATIS : architecture et positionnement

DATIS, développé par INSPEERE en co-développement avec le laboratoire I3S du CNRS et l’Université Côte d’Azur, repose sur une logique architecturale distincte :

  • DatisBox : appliance Linux x86 avec OpenZFS, déployée dans le réseau client.
  • Architecture distribuée pair-à-pair entre clients du réseau DATIS, sans datacenter centralisé.
  • Données compressées, chiffrées AES-256, hachées pour détection d’altération, puis fragmentées via Erasure Coding Reed-Solomon (32 fragments de données + 16 de redondance) et distribuées sur plusieurs sites distants. Le nombre exact dépend du dimensionnement et du contexte client (sources : LeMagIT, Le Monde Informatique).
  • Immuabilité locale via snapshots ZFS non modifiables, en cohérence avec les recommandations ANSSI sur la protection des sauvegardes externalisées (ANSSI-BP-100, recommandations R28 à R31).
  • Compatibilité multi-orchestrateur : Veeam, Commvault, NetBackup, Nakivo et autres logiciels conformes aux protocoles standards (S3, SMB, NFS).
  • Clés de chiffrement sous contrôle exclusif du client. Aucun fragment n’est lisible sans elles, ni par INSPEERE, ni par un tiers.
  • Labels France Cybersecurity et RésiMark.
  • Analyse de cycle de vie simplifiée (méthodologie ISO 14040/14044, projet NégaOctet, ADEME), réalisée par APL Datacenter, LCIE Bureau Veritas et DDemain en novembre 2021, sur l’unité fonctionnelle « sauvegarder 14 TB pendant 5 ans ». Réduction d’empreinte mesurée par rapport à une solution cloud équivalente.

Là où Ootbi propose l’immuabilité dans un boîtier centralisé compatible avec un seul orchestrateur, DATIS apporte trois différenciateurs structurels factuellement vérifiables. Premièrement, l’indépendance vis-à-vis de l’orchestrateur : DATIS supporte Veeam, Commvault, NetBackup et Nakivo, alors qu’Ootbi est exclusivement compatible Veeam. Deuxièmement, la distribution multi-sites par construction, sans nécessiter de second datacenter dédié, là où Ootbi est centralisé sur un site. Troisièmement, la souveraineté juridique : propriété intellectuelle française protégée par brevet CNRS et Université Côte d’Azur, hors de toute juridiction extraterritoriale, alors qu’Ootbi est désormais filiale Veeam. Les clés de chiffrement restent sous votre contrôle exclusif, aucun fragment n’est lisible isolément, ni par INSPEERE, ni par un tiers. Vous reprenez le contrôle de vos données, par conception.

Tableau de comparaison structurel

CritèreObject First OotbiDATIS
Type d’architectureAppliance objet S3 centraliséeDépôt de stockage distribué pair-à-pair
Mécanisme d’immuabilitéS3 Object Lock + Lockdown OSSnapshots ZFS + fragmentation Reed-Solomon + AES-256
Orchestrateurs supportésVeeam exclusivementVeeam, Commvault, NetBackup, Nakivo et autres
Capacité par cluster1,7 PB (4 nœuds x 432 TB)Évolutive via ajout de nœuds pair-à-pair
Distribution physiqueCentralisée, sur un siteMulti-sites distribués par construction
Propriété intellectuelleConçu par les cofondateurs de VeeamBrevet CNRS / Université Côte d’Azur (laboratoire I3S)
Statut éditeurFiliale Veeam depuis janvier 2026INSPEERE SAS, indépendant
Labels et validationsAudits NCC GroupFrance Cybersecurity, RésiMark
Modèles d’acquisitionCapEx ou ConsumptionAbonnement (voir page Tarification)
Empreinte environnementaleNon publiée à notre connaissanceACV ADEME / NégaOctet 2021
Frais d’egressSans objet (on-premise)Sans objet (P2P, pas d’hyperscaler)

Questions fréquentes

Le rachat d’Object First par Veeam crée-t-il un risque de verrouillage vendeur ?

Officiellement non, Veeam confirme rester software-first et partner-first. Mais Ootbi est par conception exclusivement compatible Veeam, et appartient désormais à Veeam. Pour une organisation qui souhaite conserver la possibilité de changer d’orchestrateur de sauvegarde dans les années à venir, ce point mérite une analyse de risque dédiée, d’autant plus dans un contexte où les directives NIS2 et DORA mettent l’accent sur la maîtrise des risques fournisseurs. Une architecture qui dissocie le dépôt de stockage de l’orchestrateur de sauvegarde, comme DATIS, élimine structurellement ce point d’exposition.

Object First Ootbi reste-t-il pertinent malgré le rachat ?

Pour les organisations dont la trajectoire Veeam est ferme à cinq à dix ans et qui valorisent la simplicité opérationnelle d’une appliance dédiée, Ootbi reste une solution robuste avec un retour d’expérience établi. Le rachat ne change pas la qualité technique du produit. La question n’est donc pas « Ootbi est-il bon ? », mais « Suis-je à l’aise avec une dépendance forte à un écosystème éditeur unique ? ».

DATIS est-il une alternative directe à Ootbi ?

Oui, et avec trois différenciateurs structurels que la documentation officielle des deux solutions permet de vérifier. DATIS est compatible avec plusieurs orchestrateurs (Veeam, Commvault, NetBackup, Nakivo et autres) ; Ootbi est exclusivement compatible Veeam. DATIS distribue les fragments sur plusieurs sites par construction ; Ootbi est centralisé sur un site, et un second site nécessite un deuxième cluster. DATIS est une propriété intellectuelle française protégée par brevet CNRS et Université Côte d’Azur ; Ootbi est désormais filiale Veeam, donc soumis aux choix stratégiques de son nouveau propriétaire. Pour une organisation qui veut conserver le bénéfice de l’immuabilité sans subir le verrouillage écosystème accentué depuis janvier 2026, DATIS est la réponse directe.

DATIS fonctionne-t-il avec un Veeam existant ?

Oui. DATIS s’intègre comme cible de stockage (S3, SMB ou NFS) sous Veeam, Commvault, NetBackup, Nakivo et autres logiciels du marché. L’orchestrateur de sauvegarde existant et ses politiques de rétention restent inchangés. Vous ajoutez la résilience souveraine sans toucher à vos outils ni à vos workflows.

En quoi DATIS est-il plus souverain qu’Ootbi ?

Sur trois plans factuels et indépendants de la localisation physique du matériel. Premièrement, la propriété intellectuelle : DATIS est protégé par brevet CNRS et Université Côte d’Azur, structure de recherche française ; Ootbi est désormais détenu par Veeam, dont l’actionnariat de référence relève de juridictions extraterritoriales. Deuxièmement, le contrôle des clés : avec DATIS, les clés de chiffrement restent sous contrôle exclusif du client, et aucun fragment n’est lisible isolément sans elles. Troisièmement, la distribution physique : les fragments DATIS sont répartis sur plusieurs sites distants par construction, sans dépendre d’un datacenter tiers, ce qu’aucune appliance centralisée ne fournit nativement. La souveraineté est intrinsèque à l’architecture, pas à l’adresse postale.

Que se passe-t-il si je veux changer d’orchestrateur de sauvegarde ?

Avec Ootbi, un changement d’orchestrateur implique le remplacement complet de la cible de stockage, puisque Ootbi est conçu pour Veeam exclusivement. Avec DATIS, vous gardez votre cible de stockage et vous changez l’orchestrateur si nécessaire : DATIS supporte Veeam, Commvault, NetBackup, Nakivo et autres logiciels via les protocoles standards (S3, SMB, NFS). Votre dépense d’investissement est protégée et votre liberté stratégique préservée.

Quel est l’impact du Data Act sur ce choix ?

Le Data Act européen, applicable depuis janvier 2027, supprime les frais d’egress pour les migrations cloud-to-cloud définitives, mais pas pour les usages courants ni pour le multi-cloud parallèle (article 34). Ni Ootbi (on-premise) ni DATIS (P2P) ne dépendent d’un hyperscaler : l’enjeu egress ne se pose pas pour les deux. DATIS va plus loin en supprimant aussi la dépendance à un éditeur unique de logiciel de sauvegarde, ce qui constitue le second point d’exposition fournisseur identifié par les référentiels NIS2 et DORA.

Pour aller plus loin

Si vous évaluez votre cible de stockage immuable dans le contexte post-rachat d’Object First, deux ressources peuvent vous être utiles :

Sources

  • SDxCentral, « Veeam acquires backup appliance provider Object First as CPO departs », 15 janvier 2026.
  • Blocks & Files, « Veeam confirms acquisition of Object First », 14 janvier 2026.
  • StorageReview, « Veeam Acquires Object First: A Software Giant Steps Into Appliances », 10 janvier 2026.
  • StorageNewsletter, « Veeam Acquired Object First », 14 janvier 2026.
  • Techzine Global, « Object First brings absolute immutability to Veeam backups », 2026.
  • Cloud News, « Object First strengthens Veeam backups against ransomware », 2026.
  • Object First, « Object First 2025 Retrospective », janvier 2026.
  • Object First, communiqués Pay-Per-Use Consumption Model, avril 2025 (US) et septembre 2025 (UE), via BusinessWire et IT Europa.
  • LeMagIT, « Sauvegarde : Inspeere propose de les répartir sur plusieurs sites ».
  • Le Monde Informatique, « Une sauvegarde à la française griffée Inspeere », janvier 2024.
  • ANSSI, guide ANSSI-BP-100, recommandations sur la protection des sauvegardes externalisées.
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